Pris en grippe par la presse et toujours contraint de jouer sur le côté gauche, Thierry Henry n'a pas la vie facile à Barcelone. Mais il a appris à relativiser et les critiques ne l'atteignent plus.
Thierry Henry, avez-vous l'impression de prendre pour tout le monde en ce début de saison où le Barça peine ?
Non, je n'ai pas l'impression de prendre pour tout le monde. Je suis la cible de la presse, c'est clair. Mais avec le public, ça se passe bien. En Ligue des Champions contre le Sporting, les gens m'ont réservé une ovation quand je suis sorti. Mais ils ne sont pas fous non plus. J'en ai même rigolé car quand je suis passé en conférence de presse après ce match contre Lisbonne, on ne m'a pas posé une seule question sur la rencontre.
Sur quoi vous a-t-on interrogé ?
Uniquement sur mon match contre Numancia. Un match, tu le perds et tu le gagnes à onze. Je crois que certaines personnes ont un peu oublié que le football se jouait à onze. Ce n'est pas un match de tennis. Maintenant, je reconnais que contre Numancia, j'ai été en-dessous de la moyenne, même encore en-dessous de ça. Mais nous avions tous failli ce jour-là. Maintenant, ça fait un an et demi que ça dure et nous avons tous pris pour notre grade. A un moment, c'était Ronnie (Ronaldinho). Ensuite, ça a été Sam (Eto'o) puis Deco. Aujourd'hui, c'est moi. Il faut savoir que c'est comme ça ici.
Guardiola vous a-t-il expliqué pourquoi il ne vous a pas retenu contre Santander après ce match contre Numancia ?
Le coach m'a juste dit qu'il y avait un match le mardi suivant. Il m'a donné la liste et m'a dit : « Thierry, il y a beaucoup de matchs et il y a surtout un match mardi ». Donc je suis rentré chez moi tranquillement et je suis allé voir le match contre Santander. Car j'ai aussi entendu dire que je n'étais pas venu au match : ce n'est pas grave mais je tiens à le préciser. Il faut toujours laisser les gens parler. Moi, ça fait quatorze ans que je joue et si je m'étais arrêté aux « on dit », j'aurais déjà mis un terme à ma carrière depuis longtemps.
Comment vivez-vous tout cet acharnement ?
Ça ne me pose pas de problèmes. Nous le savons et c'est la règle : quand une équipe joue bien, il n'y a pas d'acharnement. Quand elle joue mal, il y en a, sur une ou plusieurs personnes. Mais ce n'est pas nouveau et je m'y suis habitué. Ça m'était déjà arrivé avant, même à Monaco. C'est arrivé à d'autres joueurs aussi et ça leur arrivera encore tout comme ça m'arrivera encore à moi. C'est toujours comme ça : quand tu n'es pas bon, tu es discuté. En revanche, quand tu arrives à être bon et à garder un bon niveau, les gens ne peuvent rien dire. Dans les bons comme dans les mauvais moments, il ne faut pas s'arrêter à ce genre de choses sinon, tu ne progresses jamais.
Vous ne vous en portez donc pas plus mal ?
L'année dernière, on me faisait passer pour quelqu'un qui pleurait. Ça me faisait rire. J'arrivais en conférence de presse pour parler du match qui venait de se jouer ou du prochain et on me parlait de mon positionnement. Et après, ça sortait sous la forme de quelqu'un qui se plaignait. Mais je ne me plains pas et je le dis encore. La dernière fois, en équipe de France, j'ai joué à gauche. Et si le coach veut me faire jouer milieu défensif comme j'ai pu le faire deux fois contre Séville, il n'y a pas de souci. Le problème, c'est que je dois toujours répondre à ce genre de questions. Et quand ça arrive jusqu'en France, on ne voit pas le contexte ou comment a été posée la question. On voit seulement que je parle. Alors que je ne me plains pas. Je joue à gauche, je joue à gauche, point barre.
Avez-vous songé à partir cet été ?
Non ! J'ai eu une discussion avec le coach en début de saison et tout s'est bien passé. Après, il se passera ce qu'il se passera dans la saison ou l'année prochaine mais moi, je ne me suis pas posé la question.
On a beaucoup parlé d'un départ aux Etats-Unis. Etait-ce de l'info ou de l'intox ?
J'ai toujours dit que ça m'intéressait. Mais plus tard. Après, encore une fois, les gens racontent ce qu'ils ont envie de raconter. Dans ma vie, j'ai dû aller à New York quinze fois. J'y suis retourné cet été et là la rumeur a commencé à gonfler sur mon départ là-bas. Tu ne peux pas empêcher les gens de parler.
A 31 ans, avez-vous encore des rêves ?
J'ai juste envie de prendre du plaisir. J'ai 31 ans, j'ai commencé à Monaco à 17, donc j'ai eu la chance de tout connaître : les hauts, les bas, tout. J'ai gagné des choses extraordinaires mais j'ai aussi perdu des choses extraordinaires.
Votre âge fait-il de vous un joueur différent que vous ne l'étiez à vos débuts ?
A 31 ans, ce n'est pas que tu commences à jouer à la carotte mais à faire moins d'efforts inutiles. Tu te réserves un peu. Paradoxalement, je n'ai jamais autant couru dans ma carrière qu'aujourd'hui. Contre la Serbie, le coach m'a mis sur le côté gauche. Et tout ce que je me suis dit, c'est « Donne toi à fond et si tu dois tacler au poteau de corner de l'autre côté, il faut le faire ». Après, le seul problème en partant de loin comme ça, c'est qu'il me manque peut-être les dix-vingt derniers mètres que j'aurais pu avoir si j'étais parti de moins loin. Mais il faut en faire abstraction.